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Les chrétiens invités à s’inspirer de Rahab pour se libérer de l’angoisse du confinement

Dans son nouveau livre, la théologienne et poétesse suisse romande Francine Carrillo invite le lecteur à s’inspirer du personnage de Rahab pour se libérer de l’angoisse du semi- confinement. Interview.
«C’est au temps du confinement que j’ai commencé à écrire cette histoire», confie Francine Carrillo, théologienne et poétesse suisse romande, dès la première ligne de son nouveau livre. Publié début novembre aux Éditions Ouvertures, Rahab la spacieuse fait en effet écho au «désert forcé» de la pandémie, au repli sur soi et aux enfermements que tant de personnes ont pu vivre.

Pour ce faire, Francine Carrillo s’est glissée dans la peau de Rahab, l’une des figures les moins connues de la Bible (elle n’apparaît que dans deux chapitres du livre de Josué). Selon le texte, cette femme audacieuse aurait laissé entrer chez elle deux espions du peuple d’Israël, en reconnaissance pour s’emparer de sa ville. Elle les aurait abrités, cachés, puis fait repartir par une fenêtre ouverte. Aux yeux de Francine Carrillo, ce personnage apparaît comme celle qui a ouvert une brèche au moment où personne ne s’y attendait. Celle qui a aussi laissé une part d’inconnu entrer dans son existence et surtout refusé de céder au climat d’anxiété qui s’était emparé de la cité. Un livre qui résonne comme une invitation à ne pas se laisser vaincre par la déprime et l’angoisse. Entretien.

Pourquoi avoir choisi Rahab, l’un des personnages les moins connus de la Bible, pour évoquer la crise actuelle?

Dans le texte biblique, Rahab est une figure du seuil. Elle habite la ville de Jéricho et sa maison est postée sur la muraille, dans un lieu de passage. C’est tout le lien entre le dedans et le dehors, c’est toute l’histoire de la porosité des frontières. L’idée de travailler sur Rahab m’est aussi venue en découvrant l’étymologie de son nom qui désigne l’étendue, l’espace, la vastitude. C’est pour cela que je l’ai appelé mon livre Rahab la spacieuse. Rahab est une figure de l’ouverture et de l’espace: une figure très stimulante dans un temps où l’on a tendance à être replié sur soi-même.

En quoi cet appel à l’ouverture vous paraît-il essentiel aujourd’hui?

Plus le temps est à l’angoisse, plus il devient urgent de travailler sur l’ouverture et la dilatation. On nous l’impose, ce semi-confinement. On est alors tenté de se replier sur soi-même, en proie à une sorte de tragique qui nous rétrécit et nous travaille tout le temps.

S’il y a un travail à faire aujourd’hui, c’est bien celui d’ouvrir des portes. Déjà avant le virus, il existait une méfiance envers autrui. Maintenant, quiconque s’approche devient une menace. Or, ce qui nous permet aujourd’hui de nous ouvrir l’un à l’autre, c’est la parole. On ne peut plus se voir, ni se toucher, mais on peut toujours se parler. Prendre des nouvelles les uns les autres, s’encourager face au tragique qui traverse nos vies, s’encourager dans les incertitudes de notre présent. Dans la Bible, la parole est d’emblée ce qui fait la lumière. Pouvoir mettre des mots sur ce que l’on vit, c’est pouvoir se redresser intérieurement.

« Pouvoir mettre des mots sur ce que l’on vit, c’est pouvoir se redresser intérieurement. »

Au cours de son histoire, Rahab donne sa confiance à des ennemis de son peuple, un acte a priori tout à fait déraisonnable, qui pourtant la sauvera. Comment interpréter ce paradoxe?

Au fond, Rahab est une passeuse. Elle accueille ces espions qui pour elle sont des étrangers. Elle les loge puis les fait repartir, les cachant aux messagers du roi. Il y a une souveraineté chez cette femme qui mène l’histoire. De ce fait, elle devient une passeuse entre deux peuples ennemis. Sans le savoir, elle rejoint le peuple hébreu, ivri, dont l’étymologie signifie «ceux qui passent».

Que peut-elle nous apprendre aujourd’hui sur notre manière de traverser la crise?

Rahab aurait pu céder à l’angoisse et être paralysée. Au contraire, elle a ouvert sa porte et a fait le pari sur l’avenir, un avenir qui était peut-être une remise en question de sa propre société. Peut-être, aujourd’hui, s’agit-il aussi pour nous d’apprendre à rester libre par rapport à tout ce qu’on entend: les discours de la science comme les discours complotistes. On est submergé d’une parole qui ne nous aide pas beaucoup. La tentation serait alors de s’extraire de tout ça et de se replier sur soi-même. Une autre posture serait plus féconde: rester critique. Que devons-nous faire socialement, culturellement de ce qui nous arrive? Il y a une posture de dissidence à avoir aujourd’hui. Bien sûr, nous avons le devoir d’obéir à ce qui nous est demandé, mais il y aussi le devoir à résister à cette culture de l’angoisse.

Rahab porte en elle «des blessures et des râtés», écrivez-vous. En quoi vous semble-t-il que c’est une figure à laquelle le lecteur pourrait s’identifier?

Rahab représente notre humanité. C’est nous, c’est un être humain qui a des sentiments mélangés. On peut même se demander si elle n’était pas opportuniste, en mettant les espions de son côté, si elle ne cherche pas à se sauver elle-même et sa famille. Mais dans le fond, n’est-ce pas ce que nous aurions fait de notre côté? Et puis Rahab ment. Elle utilise le mensonge pour cacher les espions aux envoyés du roi, mais il faut bien voir que c’était un combat intérieur pour elle. C’est peut-être le discernement que nous devons avoir. Choisir, c’est laisser tomber une part de la réalité. Quand on choisit, c’est souvent pour une voie, mais contre une autre. On ne peut pas toujours avancer dans la vie et les difficultés sans se compromettre, mais il faut que, au final, ce soit le bien qui gagne.

Et personnellement, diriez-vous que ce personnage de Rahab vous a aidé à traverser cette période ?

Oui. Quand je choisis d’écrire sur certaines figures bibliques, cela correspond toujours à des périodes de ma vie où j’ai besoin d’entendre ce qu’elles ont à me dire. D’une façon générale, je souffre un peu de la tiédeur des Églises. Je souhaiterais une parole qui soit vive, qui tranche de la langue de bois qu’on entend souvent.

La seule parole qui porte est une parole qui bouscule, qui donne de la lumière pour continuer à nous battre. Cette parole-là se démarque du discours ambiant. La foi est ce mouvement-même qui nous appelle à rester dans autre chose que la culture d’un bien-être personnel, qui nous porte vers quelque chose à construire. Il y a vraiment un défi à tenir: garder les étincelles qui sauvent les couleurs de la vie, plutôt que de se complaire dans la grisaille qu’on nous impose aujourd’hui.

Valoriser le rôle des femmes

En se lançant dans l’écriture de Rahab la spacieuse, Francine Carrillo avait à cœur de valoriser le rôle des femmes dans la société. Pour ce faire, l’auteure porte son dévolu sur le personnage de Rahab: une jeune femme audacieuse, très peu connue, que les textes bibliques présentent d’emblée comme une «prostituée». Or, en hébreu, le terme qui signifie la prostitution signifie aussi l’hospitalité de l’aubergiste. C’est cette seconde option qu’a choisi Francine Carrillo, faisant de Rahab non pas une demoiselle aux mœurs légères, mais une hôtesse, une femme d’exception qui ouvre des chambres et prépare tous les jours des repas pour les voyageurs. La connotation négative du personnage tombe, remplacée par une disposition à l’accueil.

Dans le livre Rahab la spacieuse, deux motifs sont mis en évidence: celui d’ouvrir des brèches dans l’angoisse (notamment celle de la pandémie) et celui d’abattre les murs qui cachent le travail des femmes aux yeux de la société d’aujourd’hui. Dans le personnage de Rahab, ces deux motifs sont entrelacés. D’un côté, la jeune femme tient son auberge de manière autonome, d’une main de maître (un fait peu courant pour l’époque). De l’autre côté, elle résiste au climat d’angoisse de sa ville, sur le point d’être assiégée. Un message porteur de souffle, d’espoir et de courage pour des temps troublés.

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