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L’armée prend le pouvoir en Birmanie, la dirigeante Aung San Suu Kyi arrêtée

(Reuters) – L’armée birmane a pris le pouvoir lundi lors d’un putsch contre le gouvernement démocratiquement élu d’Aung San Suu Kyi, laquelle a été arrêtée de même que d’autres hauts représentants de son parti, la Ligue nationale pour la démocratie (NLD), lors d’opérations menées à l’aube.

Il s’agit d’une réponse à la « fraude » lors des élections législatives de novembre dernier, a déclaré l’armée dans un communiqué diffusé via sa chaîne de télévision, ajoutant que le pouvoir était transféré à son commandant en chef, le général Min Aung Hlaing, et que l’état d’urgence était décrété pour une durée d’un an.

Cette vague d’arrestations est survenue alors que le nouveau Parlement devait siéger quelques heures plus tard pour la première fois depuis les élections législatives remportées massivement par la NLD – un scrutin considéré comme un référendum sur le gouvernement démocratique d’Aung San Suu Kyi.

Quelques heures après le coup d’Etat, qui a été largement condamné par la communauté internationale, l’armée birmane a déclaré qu’une élection libre et équitable serait organisée et qu’elle remettrait le pouvoir au parti qui sortira vainqueur du scrutin.

Le général Min Aung Hlaing s’est engagé à mettre en oeuvre « le véritable système démocratique multipartite » de manière équitable, selon une information en ligne d’un site militaire officiel. Il n’a pas donné de calendrier pour les élections.

Le coup d’Etat des militaires met un coup d’arrêt aux efforts pour rétablir la démocratie en Birmanie alors que le pays est sorti il y a dix ans d’un régime militaire au pouvoir pendant près d’un demi-siècle.

Les événements en Birmanie constituent un « coup dur pour les réformes démocratiques » a déploré le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres.

La NLD a déclaré lundi que sa dirigeante Aung San Suu Kyi appelait la population à ne pas accepter le putsch mené par l’armée birmane et à manifester.

« Les agissements de l’armée sont des actions qui remettent le pays sous dictature », a dit la NLD dans un communiqué signé du nom d’Aung San Suu Kyi. « J’exhorte la population à ne pas accepter cela, à réagir et à manifester de tout coeur contre le putsch mené par l’armée ».

« AILES BRISÉES »

Les lignes téléphoniques de la capitale Naypyitaw et de la plus grande ville du pays Rangoun semblaient coupées, tandis que la télévision publique a cessé d’émettre, évoquant sur Facebook des « problèmes techniques ».

Aung San Suu Kyi, le président de la NLD Win Myint et d’autres cadres du partis ont été « pris » aux premières heures de la journée, a déclaré par téléphone à Reuters le porte-parole de la NLD Myo Nyunt, qui n’a pas pu être contacté par la suite.

Les troupes militaires et la police anti-émeute étaient déployées dans Rangoun, où les habitants se sont précipités sur les marchés afin de faire des stocks de biens alimentaires et produits de première nécessité. D’autres patientaient à des guichets automatiques pour retirer de l’argent. Les banques ont par la suite suspendu leur service en raison d’une connexion internet défaillante.

Ces arrestations sont survenues après plusieurs jours de tensions croissantes entre le gouvernement civil et l’armée qui laissaient craindre un coup d’Etat, l’armée dénonçant les résultats des élections législatives.

Le scrutin de novembre a été remporté par la NLD d’Aung San Suu Kyi avec 83% des voix. Il s’agissait seulement des deuxièmes élections organisées depuis que la junte militaire a accepté en 2011 de partager le pouvoir.

Des partisans de l’armée célébraient le coup d’Etat et paradaient dans Rangoun jaugés sur des pick-up et agitant des drapeaux.

« Aujourd’hui est le jour où les gens sont heureux », a déclaré un moine à la foule dans une vidéo publiée sur Facebook.

De leur côté, les militants pour la démocratie et les électeurs de la LND affichaient leur colère.

« Notre pays était un oiseau qui apprenait tout juste à voler. Maintenant, l’armée nous a brisé les ailes », a déploré Si Thu Tun, étudiant.

« La LND est le gouvernement pour lequel nous avons voté. S’ils ne sont pas satisfaits du résultat, ils peuvent convoquer de nouvelles élections. Un coup d’État n’est pas acceptable », a déclaré une femme, qui a refusé d’être identifiée et dont le mari travaille pour l’armée.

TENSIONS CROISSANTES

Aung San Suu Kyi, 75 ans, lauréate du prix Nobel de la paix, est arrivée au pouvoir en 2015 à l’issue d’une victoire massive lors des élections législatives, faisant d’elle une héroïne de la démocratie après plusieurs décennies de règne de l’armée.

L’image de Suu Kyi sur la scène internationale a toutefois été ébranlée par la campagne de répression lancée par l’armée birmane en 2017 contre la minorité musulmane des Rohingya.

Les tensions dans le pays se sont amplifiées la semaine dernière quand un porte-parole de l’armée a refusé d’exclure l’hypothèse d’un coup d’Etat, tandis que le général Min Aung Hlaing avait soulevé la possibilité d’abroger la Constitution.

Par la suite, l’armée avait semblé faire machine arrière, assurant samedi qu’elle respecterait et protégerait la Constitution.

En amont de l’entrée en fonction de la nouvelle législature, des chars d’assaut avaient été déployés la semaine dernière dans certaines rues tandis que des manifestations en soutien à l’armée avaient été organisées dans plusieurs villes.

La commission électorale birmane a rejeté jeudi les accusations de fraude électorale formulées par l’armée, confirmant les résultats des élections législatives.

La Constitution publiée en 2008 après des décennies de pouvoir militaire prévoit que l’armée dispose de 25% des sièges au Parlement et contrôle trois ministères clé au sein de l’administration d’Aung San Suu Kyi.

Dans le communiqué décrétant l’état d’urgence, l’armée met en avant l’incapacité de la commission électorale à répondre aux plaintes concernant les listes électorales, le refus de la commission d’accepter de reporter le début des travaux du Parlement et les manifestations survenues pour protester contre les résultats du scrutin.

« A moins que ce problème ne soit résolu, cela va entraver le chemin vers la démocratie et doit donc être résolu conformément à la loi », dit le communiqué, citant une disposition de la Constitution relative à l’état d’urgence en cas de menace pour la souveraineté nationale.

(Bureaux de Reuters; version française Jean Terzian et Blandine Hénault)

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