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Emmanuel Macron juge que l’Otan est en « mort cérébrale »

PARIS (Reuters) – Emmanuel Macron a estimé que l’Otan était en état de « mort cérébrale », s’attirant les critiques de l’Allemagne et des Etats-Unis qui jugent ce partenariat stratégique incontournable.

Dans un entretien publié jeudi dans The Economist, le président français, qui voit l’Europe « au bord du précipice » dans le cadre géopolitique actuel, invite ses partenaires à se réveiller afin de conserver le contrôle de leur destinée.

A Berlin, la chancelière allemande Angela Merkel a déclaré ne pas partager la vision « radicale » d’Emmanuel Macron, soulignant que l’Otan restait « la pierre angulaire de la défense européenne ». En visite à Leipzig, le secrétaire d’Etat américain Mike Pompeo a considéré pour sa part que l’Alliance « demeurait un partenariat stratégique essentiel, peut-être historiquement le plus essentiel ».

« Des propos en or (…) Une parfaite définition de l’état actuel de l’Otan », estime en revanche Maria Zakharova, porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères, sur Facebook.

Le désengagement des Etats-Unis – qui « nous tournent le dos » – sur la scène internationale contraint les Européens à « réévaluer la réalité » de l’Alliance atlantique aujourd’hui, juge Emmanuel Macron.

« Nous devrons à un moment faire le bilan de l’Otan. Ce qu’on est en train de vivre, c’est pour moi la mort cérébrale de l’Otan », considère-t-il. « L’Otan en tant que système ne régule pas ses membres. »

Pour la première fois, dit-il au sujet de Donald Trump, « nous avons un président américain qui ne partage pas l’idée du projet européen, et la politique américaine se désaligne de ce projet ».

« Les conséquences, nous les voyons en Syrie en ce moment : le garant en dernier ressort, l’ombrelle qui rendait l’Europe plus forte, n’a plus la même relation avec l’Europe. C’est pourquoi notre défense, notre sécurité, les éléments de notre souveraineté, doivent être pensés en propre », juge-t-il.

« Regardons les choses en face. Vous avez des partenaires qui sont ensemble dans une même région du globe, et vous n’avez aucune décision stratégique des Etats-Unis d’Amérique avec les partenaires de l’Otan », explique le président français à propos de l’offensive militaire turque dans le Nord-Est syrien.

ROUVRIR UN DIALOGUE STRATÉGIQUE AVEC LA RUSSIE

« Il n’y a pas eu de planification ni de coordination par l’Otan. Il n’y a même pas eu de déconfliction par l’Otan », déplore Emmanuel Macron.

Se pose pour lui la question de la pertinence de l’article 5 du traité de l’Atlantique-Nord qui a présidé à la création de l’organisation en 1949. Prié de dire s’il croit en l’efficacité de ce dispositif, il répond : « Je ne sais pas, mais c’est quoi l’article 5 demain? C’est-à-dire que si le régime de Bachar al Assad décider de répliquer à la Turquie (membre de l’Otan-NDLR), est-ce que nous allons nous engager, c’est une vraie question ».

L’article 5 stipule qu' »une attaque armée contre l’une ou plusieurs d’entre elles [des parties], survenant en Europe ou en Amérique du Nord, sera considérée comme une attaque dirigée contre toutes les parties ».

En conséquence, est-il écrit, « elles conviennent que, si une telle attaque se produit, chacune d’elles, dans l’exercice du droit de légitime défense, individuelle ou collective, reconnu par l’article 51 de la Charte des Nations unies, assistera la partie ou les parties ainsi attaquées ».

« Je dis juste que, si nous n’avons pas un réveil, une prise de conscience de cette situation et une décision de s’en saisir, le risque est grand, à terme, que géopolitiquement nous disparaissions, ou en tout cas que nous ne soyons plus les maîtres de notre destin. Je le crois très profondément », réaffirme le président français.

Ce sursaut, estime-t-il, nécessite de « retrouver la souveraineté militaire » européenne et de « rouvrir un dialogue stratégique » avec la Russie.

L’hebdomadaire britannique précise que l’interview s’est déroulée le 21 octobre à l’Elysée.

(Sophie Louet, Jean-Stéphane Brosse et Jean-Philippe Lefief, avec Thomas Escritt et Paul Carrel à Berlin, Reuters TV à Leipzig et Gabrielle Tétrault-Farber à Moscow)

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