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L’Europe finit dans le rouge, l’inflation inquiète

par Claude Chendjou

PARIS (Reuters) – Les Bourses européennes ont terminé en baisse mercredi et Wall Street évoluait également dans le rouge à mi-séance dans un contexte de hausse de l’inflation et de craintes d’une accélération du relèvement des taux d’intérêt, ce qui pourrait affecter la conjoncture économique et les résultats des entreprises, le groupe américain de distribution Target étant le dernier en date à avoir pâti du renchérissement des coûts.

À Paris, le CAC 40 a terminé sur un repli de 1,2% à 6.352,94 points. Le Footsie britannique a cédé 1,07% et le Dax allemand 1,26%.

L’indice EuroStoxx 50 a reflué de 1,36%, le FTSEurofirst 300 de 1,13% et le Stoxx 600 de 1,14%.

Même si la hausse des prix s’est stabilisée en avril dans la zone euro à 7,4% sur un an, l’inflation dite de base, qui exclut l’énergie et les produits alimentaires non-transformés, est ressorti à 3,9% en rythme annuel après 3,2% en mars, soit près du double de l’objectif de 2% de la Banque centrale européenne (BCE), ce qui devrait la conduire à commencer à relever ses taux dès le mois de juillet.

Au Royaume-Uni, où le resserrement monétaire est déjà à l’oeuvre, l’inflation a atteint 9,0% sur un an en avril, un niveau sans précédent depuis la fin des années 1980.

Aux Etats-Unis, les traders tablent à 85,3% sur un relèvement du coût du crédit d’un demi-point lors de la réunion de la Réserve fédérale américaine le mois prochain, alors que son président, Jerome Powell, a déclaré que la banque centrale monterait les taux aussi haut que nécessaire pour enrayer l’inflation même si cela impliquait de freiner la croissance.

Dans ce contexte, le rebond enregistré par les marchés d’actions mardi est perçu par nombre d’investisseurs comme un feu de paille.

« Le sentiment et la confiance des investisseurs restent fragiles et, par conséquent, nous verrons probablement des marchés volatils et agités jusqu’à ce que nous obtenions plus de clarté sur les taux, la récession et le risque », commente Mark Haefele, directeur des investissements chez UBS Global Wealth Management.

L’indice de volatilité VIX aux Etats-Unis repart à la hausse, de 10%, après six séances consécutives de baisse. Son équivalent européen a fini sur un gain de 5,27%.

A WALL STREET

Au moment de la clôture en Europe, le Dow Jones recule de 2,21%, le Standard & Poor’s 500 de 2,56% et le Nasdaq de 2,76%.

Tous les grands secteurs du S&P-500 évoluent dans le rouge, les compartiments de la grande consommation et celui des biens et services considérés comme non-essentiels accusant chacun un repli d’environ 3,5%, en réaction aux résultats de Target.

Le distributeur américain a fait état d’un bénéfice trimestriel amputé de moitié par la hausse des prix, ce qui fait plonger l’action de près de 25%. Dans son sillage Gap, Kohl’s, Nordstrom, Costco, Best Buy et Macy’s reculent de 7,6% à 10,8%.

Les groupes technologiques, Microsoft, Apple, Alphabet, Meta Platforms, Tesla et Amazon, qui reculent de 1,7% à 4%, sont pour leur part pénalisés par les anticipations de hausse du coût du crédit.

« Le marché est très préoccupé par la hausse des taux et la possibilité que la Fed affaiblisse l’économie », explique Brooke May, associé chez Evans May Wealth. « Des taux plus élevés vont évidemment ronger les dépenses de consommation, en plus des bénéfices des entreprises, et le marché essaie juste de digérer cela », ajoute-t-elle.

VALEURS EN EUROPE

Sur le Stoxx 600 paneuropéen, hormis l’énergie (+0,91%) et les compartiments défensifs comme l’immobilier (+0,26%) et les services aux collectivités (+0,68%), tous les autres secteurs ont fini en repli.

Les deux compartiments de la consommation dite essentielle (-1,76%) et non-essentielle (-2,09%) ont accusé l’une des plus importantes baisses dans le sillage du plongeon du distributeur américain Target. Carrefour a abandonné 4,42%.

D’autres publications de comptes financiers ont animé la tendance à l’image de l’opérateur boursier Euronext, qui a pris 3,85% après des résultats meilleurs que prévu et une maîtrise de ses coûts.

La marque de luxe britannique Burberry a elle été portée par ses perspectives, tandis que le groupe de restauration collective Elior a souffert de l’abaissement de ses prévisions annuelles en raison justement de l’inflation.

Les résultats de la banque néerlandaise ABN Amro (-11,88%) ont également déçu.

Dans les opérations de rapprochement, l’action Commerzbank a fini sur un gain de 3,08% après une information de presse évoquant des discussions en début d’année avec la banque italienne UniCredit.

Air France-KLM a pris 4,87% à la faveur d’un partenariat dans le fret aérien avec le groupe de transport maritime CMA CGM et Siemens Energy a bénéficié de spéculations sur une offre sur Siemens Gamesa..

Sur le SBF120, l’action Orpéa a chuté de 19,17%, le groupe ayant annoncé avoir porté plainte contre X pour des faits potentiellement délictueux, en réponse à des informations de presse. Son concurrent Korian a cédé 4,4%.

CHANGES

Le dollar avance de 0,20% face à un panier de devises de référence, profitant du regain d’aversion au risque au lendemain de sa plus forte chute sur une séance depuis plus de deux mois.

L’euro, en repli de 0,37%, se traite à 1,0508 dollar, la monnaie unique européenne n’ayant pas réagi dans la foulée de la publication des chiffres de l’inflation.

La livre sterling, elle, a atteint 1,2501 dollar après une hausse de 1,4% mardi, sa meilleure séance depuis fin 2020, avant de revenir à 1,2410 après les chiffres de l’inflation.

Dans les cryptomonnaies, le bitcoin cède 4,72% à 29.013 dollars, pénalisé par la prudence sur les actifs risqués.

TAUX

Sur le marché obligataire, le rendement du Bund allemand à dix ans a abandonné près de quatre points de base à 1,013% et celui à deux ans a fini à 0,378% après avoir touché un sommet depuis novembre 2011 à 0,444%.

Le taux des obligations allemandes avait profité la veille des commentaires de Klaas Knot, le président de la banque centrale néerlandaise, qui a évoqué la possibilité d’une hausse d’un demi-point du taux de dépôt de la Banque centrale européenne (BCE) en juillet.

Le rendement des bons du Trésor à dix ans cède pour sa part 4,6 points, à 2,924%, après avoir lui aussi bénéficié la veille des dernières déclarations du président de la Réserve fédérale américaine, Jerome Powell.

PÉTROLE

Le marché pétrolier est volatil, les investisseurs étant partagés entre l’espoir d’une hausse de la demande en Chine à la faveur de la levée de certaines restrictions sanitaires dans le pays et le projet de l’Union européenne de mobiliser jusqu’à 300 milliards d’euros d’investissements d’ici 2030 pour mettre fin à sa dépendance envers le pétrole et le gaz russes.

Le baril de Brent perd 1,97% à 109,77 dollars et celui du brut léger américain (West Texas Intermediate, WTI) 1,9% à 110,21 dollars.

(Reportage Claude Chendjou, édité par Jean-Michel Bélot)

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