Chrétiens de Chine

80 % des étudiants chinois aux États-Unis abandonnent la foi de retour chez eux

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De nombreux Chinois se convertissent à la foi chrétienne à l’étranger dans les pays où ils font leurs études. Mais un grand nombre d’entre eux abandonne aussi de retour dans leur pays d’origine, tant les conditions pour vivre leur foi sont difficiles.

Depuis le début des années 2010, un nombre croissant de jeunes Chinois font leurs études à l’étranger, principalement dans des pays anglophones comme les États-Unis, le Royaume-Uni, le Canada ou encore l’Australie.

Selon les statistiques de l’institut à but non lucratif de l’éducation internationale du gouvernement chinois, plus d’un demi million de personnes sont allées à l’étranger pour poursuivre leurs études en 2015, dont 328 000 aux États-Unis. Après avoir terminé leurs études, beaucoup retournent en Chine par choix, d’autres parce qu’ils n’arrivent pas à obtenir d’emploi ou de visas de travail en dehors de chez eux. De 2012 à 2014, près d’un million d’étudiants seraient ainsi retournés en Chine, dépassant le nombre d’étudiants à l’étranger sur les 30 dernières années combinées.

Parmi eux, des dizaines de milliers de personnes se sont convertis à la foi chrétienne dans les pays qui les ont accueilli pendant leurs études.

Pourtant, un grand nombre d’entre eux abandonnent cette voie dès leur retour en Chine. Aux États-Unis, par exemple, les bénévoles et les missionnaires qui ont travaillé auprès d’eux pendant des années estiment que 80 % des croyants cesseraient d’aller à l’église après être revenus chez eux.

A ceci, plusieurs raisons. Il faut premièrement beaucoup de temps pour que les rapatriés retrouvent leur place dans un pays qui cherche des règles et des normes adaptées à ses rapides changements économiques et sociaux.

Deuxièmement, les églises chinoises opèrent sous un état athée très strict qui contrôle et surveille leurs moindres gestes, ce qui conduit à un décalage important entre le nombre de Chinois qui se convertissent et le nombre d’églises qui naissent.

Troisièmement, lorsque les convertis chinois retournent chez eux, ils ont des difficultés à choisir une église où ils se sentent à l’aise. Pour les rapatriés qui ont connu l’église seulement dans un contexte libéral des campus de l’Ouest, les églises enregistrées et les églises de maison représentent en effet un changement drastique. Beaucoup ont grandi sans être exposés à la scène religieuse chinoise, où le prosélytisme public est sévèrement limité et les réseaux d’églises sont isolés et autonomes.

Les étudiants ne s’y retrouvent pas dans leur pays officiellement athée où seules les églises enregistrées ont le droit à une existence légale, les autres églises connues sous la nomination ‘église de maison’ faisant face à la persécution.

Wu Yutong a eu du mal à s’adapter à la vie à Shanghai après son retour de la poursuite d’une maîtrise à l’Université de Glasgow, au cours de laquelle elle s’est convertie au christianisme. De la même façon, elle a eu du mal à trouver une église dans laquelle elle retrouvait ce qu’elle avait vécue en Angleterre. Car beaucoup de convertis chinois à l’étranger trouvent les chrétiens des églises de maison un peu froids. A cause de l’état chinois hostile à ces assemblées, les chrétiens chinois ont appris à être très prudents et défensifs vis à vis des étrangers.

Agnes Wang, qui dirige une petite organisation clandestine appelée LinkedBack et aide le retour des chrétiens convertis à l’étranger, explique :

 » Lorsque les chrétiens convertis vivent leur premier retour en Chine après l’obtention du diplôme, ils se sentent souvent confus et frustrés. Ils sont enclins à blâmer ceux-ci [les chrétiens chinois] sur leur vie religieuse insaisissable. « 

Elle ajoute :

« Dès le premier jour, les missionnaires à l’étranger veulent servir les Chinois convertis. Mais une fois que les convertis sont de retour en Chine, il n’y a pas beaucoup d’églises avec la volonté ou l’énergie de continuer à nourrir leur vie spirituelle. »

L’organisation de Wang offre surtout à l’étudiant chinois converti à l’étranger, un sens de la communauté en proposant, toutes les deux semaines, des évènements occasionnels. La prudence est cependant de mise. Pour éviter la censure, les organisateurs de ces évènements qui se couvrent de différente manière, évitent par exemple d’utiliser certains mots clés comme « église » ou « prière » sur les médias sociaux.

Enfin, c’est souvent aussi la famille qui représente un obstacle pour le jeune étudiant converti qui retourne en Chine.

Soit, les parents demandent aux nouveaux chrétiens, comme c’est le cas pour Andrew Wang, de pratiquer certains rites ancestraux, et ne comprennent pas le refus de leurs enfants de le faire, soit ne saisissent pas l’importance de la foi pour leur enfant.

Eva Zhen qui s’est convertie dans l’Indiana a témoigné à ses parents et affirmé qu’elle espérait trouver quelqu’un qui partage ses valeurs religieuses, ce que ses parents déplorent. Pourtant, souvent, après leur surprise initiale, la plupart des parents chinois semblent accepter la foi de leurs enfants. Ils le font alors d’un point de vue athée utilitariste : si la foi de leur enfant les amène à vivre un mode de vie plus sain, et apporte la bénédiction improbable mais possible d’un pouvoir surnaturel, qu’il en soit ainsi.

Avec toutefois un bémol :  les rapatriés déclarent que les parents les avertissent souvent de ne pas «se vautrer» dans leur nouvelle foi, un verbe fréquemment attribué aux adolescents toxicomanes, ou aux jeunes qui vivent une addiction aux jeux en ligne et gaspillent ainsi leurs possibilités éducatives et professionnelles.

Beaucoup de parents chinois qui mettent les jeux vidéos et la religion sur le même plan, craignent que leurs enfants soient possédés par une puissance non conventionnelle. Il n y a pas vraiment d’intolérance, mais une grande ignorance de ce qu’est la religion,

Isabelle Goepp

Diplômée d'un master II de psychologie de l'éducation, Isabelle a travaillé pendant une vingtaine d'année dans le domaine médico-social. Désireuse d'approfondir sa connaissance de la Parole de Dieu, elle s'est formée pendant un an à l'Institut Biblique Européen.

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